Catherine Stravinsky


Catherine Nossenko était la fille de Gabriel Nossenko et de Maria, née Kholodowsky. Celle-ci était la sœur ainée d’Anna Kholodowsky, mère d'Igor Stravinsky. Catherine et Igor étaient donc cousins germains.

Le père, Gabriel Nossenko, achèta en 1890 une distillerie et une grande propriété à Oustiloug, petit village dont la population était entièrement juive et qui se trouvait au confluent de la Louga et du Boug, quelques kilomètres à l’ouest de Vladimir Volynsk, dans une partie de la Russie qui fut cédée à la Pologne au traité de Brest-Litvovsk.

La propriété des Nossenko était entourée de forêts, rivières, champs de blé, et le climat y était si sain qu’Igor viendra avec son frère Gouri y passer les étés de 1896 à 1901.

C’est à Petchiski, dans la propriété de sa tante Catherine en Ukraine, qu’Igor rencontra sa cousine Catherine pendant les étés 1891 et 1892 (Igor a 10-11 ans et Catherine un an de plus).


Description par la Princesse de Polignac (visite à Morges au début 1917)

Madame Stravinsky était un personnage étonnant : pâle, menue, pleine de dignité et de grâce, et, tout ce qu’elle allait faire dans les années suivantes devait le confirmer.

Dans la chaleur de sa jolie maison, elle ressemblait à une princesse de contes de fée russe, entourée de ses charmants enfants qui, évidemment étaient alors très jeunes.

Mais, malgré ce climat de gentillesse et d’amitié, il y avait une atmosphère tragique autour de la famille, qui ne s’est révélée que trop juste, car ils étaient tous, plus ou moins enclins à souffrir des poumons…

La princesse fait alors hommage à l’hospitalité, au bon goût de son hôtesse (voir Princesse de Polignac).


"… Dès la première heure que nous avons passée ensemble, il semblait que nous comprenions tous deux qu’un jour nous nous marierions. Peut-être étions-nous toujours plus comme frère et sœur. J’étais un enfant profondément seul, et je voulais une sœur qui fût à moi. Catherine… est entrée dans ma vie comme cette sœur que je désirais depuis longtemps, dans ma dixième année. Dès lors, et jusqu’à sa mort, nous sommes restés extrêmement proches, plus proches encore que ne le sont parfois les gens qui s’aiment, mais qui sont parfois des étrangers l’un pour l’autre, bien qu’ils vivent ensemble toute leur vie, bien qu’ils s’aiment." [17]


Passage des lettres d’Igor concernant Catherine avant leur mariage

(ainsi que références à la sœur de Catherine, Ludmilla)

23 juillet 1900

… Je voudrais maintenant vous parler des hôtes d’Oustiloug et des maîtres. Miloshka est toujours la même, mais je trouve que Katen’ka a beaucoup changé, elle est beaucoup plus sérieuse…

… En ce qui concerne notre autre nouvelle connaissance, Ludmilla Fedorovna Kouksina est une jeune femme exceptionnellement charmante, affectueuse, bonne et jolie qui contraste totalement avec Véra. Elle me rappelle Kotoulya à bien des égards et beaucoup pensent de même bien qu’elles aient en fait peu de choses en commun… Kotoulya est ravie que je l’aime tant car elle est sa meilleure amie.

9 août 1901

…Vous me dites que je ne vous ai pas parlé du départ filles à l’étranger, mais elles en savent elles-mêmes très peu sur ce sujet. Tout ce que nous savons et même cela est provisoire, c’est que Katen’ka partira avec les Nossenko le 20 septembre, et que Mila, que nombre de choses retiennent à Oustiloug, partira avec Sonechka à la fin octobre. Vous savez qu’elles ont beaucoup changé cette année. Je crois que Katen’ka est encore plus jolie et toujours aussi sérieuse. Je me sens très proche d’elle, vous savez, lorsqu’on s’aperçoit que quelqu’un est très bien disposé à votre égard, on se sent doublement lié à lui, on éprouve pour lui de l’amitié et on le comprend plus facilement, même si son caractère ne transparait pas extérieurement. Je me sens toujours de l’amitié pour Katen’ka et cela me touche énormément.

Avec Mila, c’est malheureusement différent. Je ne ressens pas la même chaleur à son égard, bien que je ne songe nullement à l’en blâmer, bien sûr, car nous sommes tous différents. Je ne supporte pas les gens qui me traitent avec condescendance et il y a un peu de cela chez Miloshka, une constante attitude de légère ironie vis-à-vis de tout ce que je dis. Vous conviendrez que cela est désagréable.