Coco Chanel


Elle fréquente également l « Bœuf sur le toit ». Lorsqu’il rencontre Coco Chanel, à Noël 1921, rue Cambon, il la trouve « une Chanel très seule, très timide, très surveillée ». Dans une lettre à Josette Day, il écrit « Hier soir, j’ai dîné chez Chanel… Après dîner, à la dernière bouchée, ils se sont mis à une belote, elle, Iribe… et Constant Say. Iribe qui a du diabète ne devrait pas fréquenter les sucriers. »

En 1963 : à la question posée par l’auteur sur Coco Chanel, « Est-ce, selon le mot appliqué à Paul Valéry à une autre ; une emmerdeuse, une emmerdante, ou une emmerderesse ? » La réponse arriva de Vevey le 1er mai : « Chanel est le plus grand personnage de France. Elle lance du feu malgré son âge ; c’est le seul volcan auvergnat non éteint. Le contraire d’une [LS1] emm…, la femme la plus brillante, la plus ruante, la plus génialement insupportable qui soit. »

Informations provenant du livre de Ginette Guitard-Auviste, « Paul Morand, 1888-1976, Légendes et Vérités »


L’hôtel de Mlle Chanel, situé Faubourg St Honoré, me parut splendide. Je n’avais jamais pénétré dans une aussi luxueuse demeure ni vu autant de domestiques entourant un majordome, sérieux comme un notaire et paraissant nous attendre selon un scénario mis au point. Il nous conduisit au salon où flottait un grand Steinway dans une odeur alanguie de tubéreuses.

En partant, dans l’escalier nous rencontrâmes Chanel, à laquelle il me présenta : « Ma chère Coco, voici un enfant qui nous réserve bien des surprises », ajouta-t-il en la regardant fixement.

Au printemps 1929, Chanel m’invita pour une réception après le spectacle de clôture des Ballets Russes. Diaghilev m’avait emmené à l’hôtel de Chanel où nous attendait un buffet digne de Hansel et Gretel. Je me souviens aussi que Chanel nous régala de quelques numéros des Blackbirds, dont j’avais vu la revue au Moulin Rouge avec Serge Prokofiev.

En juillet 1938, venus à Paris pour le mariage de ma sœur Nina,nous devions habiller Kyra pour cette grande occasion. Misia à qui nous demandions conseil, me dit : « Je vais téléphoner à Chanel, elle va arranger ça. ». Elle le fit tout de suite et annonça que Chanel nous recevrait le lendemain à cinq heures dans son bureau. « Coco aimerait vous voir et connaitre Kyra. Elle propose que vous veniez tout à l’heure à la soirée d’Helena Rubinstein. Tu sais, celle des crèmes, non, tu ne sais pas, celle du rouge à lèvres, voyons celle des déodorants… La Rubinstein vient d’épouser un prince qu’elle veut montrer. Je l’avertis et je passe vous prendre. ».

A l’heure dite, nous la retrouvâmes accompagnée d’une américaine qu’on tenait dans l’entourage des Sert pour un comble d’ennui. Entre deux âges, Hoity Wiborg consumait pour Misia une passion qui croissait avec les mauvais traitements qu’elle recevait.

Chez la nouvelle princesse qui habitait quai Béthune, Chanel vint à nous. « Que vous avez changé depuis Serge ! » puis elle déclara d’emblée adorer Kyra. « Regardez-nous », dit Chanel, en pointant son doigt dans la direction de Hoity qui, seule, livrée à elle-même se repoudrait. « Si vous aimez vraiment Misia jetez-moi cette emmerdeuse dans le bassin ». Nous saisîmes la pauvre américaine et la basculâmes dans l’eau. Ce fut le clou la soirée. La férocité circulait. Misia était aux anges « J’ai bien dit qu’ils étaient merveilleux ! ». Seule la maîtresse de maison était furieuse.

Le lendemain, Chanel fut toute autre. Elle choisit la robe pour Kyra et nous invita à diner chez elle. Elle occupait alors au Ritz un appartement donnant sur la place Vendôme. Il y avait en elle plusieurs femmes, pleine d’humiliation, fourmi travailleuse, grande dame puissante, exigeante et luxueuse. Un besoin d’aimer qui la rendait extrêmement attrayante. 

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[LS1] On trouve également le texte « le dernier des volcans d’Auvergne qui ne soit pas éteint »